Grand Festival de Verdun

De Verdun aux World Illustration Awards

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Ancienne élève du lycée Sainte-Anne de Verdun, Soana Oudet a découvert les logiciels de création graphique lors d’un stage réalisé chez Meuz’Info en 2018. Huit ans plus tard, la jeune graphiste et illustratrice freelance désormais installée à Paris figure parmi les 500 artistes internationaux présélectionnés aux World Illustration Awards 2026. Une première reconnaissance pour une créatrice qui entend bien transformer sa passion en métier à plein temps.

« J’ai toujours dessiné »

Peux-tu nous raconter ton parcours ?

Tout a commencé à Verdun, avec un BTS Communication au lycée Sainte-Anne. J’ai ensuite poursuivi mes études à Nancy, chez Pigier, avec un bachelor Responsable communication et webmarketing. Avec beaucoup de travail et de persévérance, j’ai enfin décroché un master en direction artistique et graphique à Paris. C’est à ce moment-là que je suis véritablement entrée dans le design graphique.

À quel moment as-tu compris que tu voulais travailler dans le graphisme et l’illustration ?

En réalité, j’ai toujours dessiné. Au collège, je gribouillais déjà sur mes cahiers et j’avais de très bonnes notes en arts plastiques. J’avais conscience d’avoir certaines facilités, mais j’étais encore trop jeune pour connaître les métiers auxquels cela pouvait mener.

C’est au lycée que j’ai commencé à me renseigner. À l’époque, je ne connaissais pas encore vraiment le terme de « graphisme » : tout semblait tourner autour de la communication. J’ai donc choisi cette voie. Pendant mon BTS, j’ai compris que la communication m’intéressait, mais que je voulais surtout me consacrer à sa dimension visuelle et créative.

Quel souvenir gardes-tu de ton stage chez Meuz’Info, en 2018 ?

C’est là que j’ai découvert les logiciels Adobe et commencé à créer des logos. Je me suis demandé : « Mais qu’est-ce que c’est que cette merveille ? » J’ai adoré l’idée de pouvoir communiquer visuellement et j’ai compris qu’il existait un véritable métier derrière tout cela. Pouvoir associer une passion à une activité professionnelle m’a immédiatement séduite.

Une jeune indépendante en quête de visibilité

Quelle est ton activité aujourd’hui ?

Je suis graphiste et illustratrice indépendante depuis deux ans. J’accompagne les entreprises, les marques et les institutions dans la création d’univers visuels capables de raconter une histoire et de marquer les esprits.

Je peux concevoir une identité visuelle, des illustrations, des affiches et différents supports de communication. Je m’intéresse également beaucoup au design événementiel, qui permet de créer tout l’univers graphique d’un événement ou d’un espace.

Exerces-tu cette activité à plein temps ?

Pas encore. Je suis toujours au début de mon parcours et je cherche progressivement à développer ma clientèle. En parallèle de mon activité indépendante, je travaille comme assistante en ressources humaines afin de pouvoir pourvoir à mes dépenses, notamment mon loyer à Paris.

Mon ambition reste cependant de vivre pleinement du design graphique et de l’illustration.

Pourquoi avoir choisi de rester à Paris après tes études ?

Mes études m’y ont conduite, mais Paris offre également davantage d’opportunités. C’est ici que j’ai pu travailler avec un grand centre commercial ou encore avec une société de production cinématographique. J’aurais probablement eu plus de difficultés à accéder à ce type de projets en restant à Verdun.

Le principal obstacle n’est pas forcément de trouver des clients à Paris, mais de parvenir à se faire connaître lorsqu’on sort de ses études et que l’on arrive sur le marché sans disposer d’un réseau déjà constitué.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par une jeune créatrice indépendante ?

Il faut tout d’abord trouver le juste équilibre entre sa créativité et les besoins du client. La principale difficulté reste néanmoins de se faire connaître et d’aller chercher ses premiers contrats.

Lorsqu’on devient indépendant, on découvre que l’on doit porter plusieurs casquettes. Il ne suffit pas d’être illustratrice : il faut également savoir communiquer, prospecter et vendre son travail.

Un décor de Noël de 36 mètres

Quel projet as-tu choisi de présenter aux World Illustration Awards ?

J’ai présenté un projet réalisé pour le centre commercial Qwartz à l’occasion de Noël 2025. Il consistait à imaginer et à illustrer tout un décor autour du « Qwartz Express », dans une ambiance de gare ancienne, avec des trains, des wagons et toute la magie de Noël.

J’ai réalisé l’habillage graphique d’un stand de 36 mètres. Il s’agissait donc d’un véritable travail de scénographie, avec une illustration pensée spécialement pour cet espace.

Quelle était la demande du client ?

Le centre commercial souhaitait une illustration inspirée des grandes gares, notamment de la gare Saint-Lazare au début du XXe siècle. Le projet était complexe, car il ne suffisait pas de créer une belle image : il fallait aussi l’adapter précisément aux dimensions du stand, à son architecture et aux différentes ouvertures prévues dans les parois.

J’ai commencé par effectuer un important travail de recherche sur l’architecture des gares anciennes. J’ai constitué un tableau d’inspirations, puis réalisé des ébauches et des croquis avant de passer à la création numérique.

Comment as-tu pu visualiser le résultat avant la fabrication du décor ?

Je me suis formée spécialement à Blender, un logiciel de modélisation en trois dimensions. J’ai entièrement modélisé le stand, puis appliqué mes illustrations sur cette maquette virtuelle. Cela m’a permis de présenter au client un aperçu très concret du résultat avant l’impression et l’installation.

Il fallait également prévoir certaines découpes dans les murs et adapter les illustrations à ces contraintes. Cela a représenté plusieurs mois de travail, entre la demande initiale formulée durant l’été et l’installation du décor à la fin du mois de novembre.

Quel accueil le décor a-t-il reçu ?

Il a fait son effet ! Le client m’a d’ailleurs de nouveau sollicitée pour un futur projet, même si celui-ci n’est pas encore définitivement validé.

Pourquoi avoir choisi précisément cette réalisation pour le concours ?

C’était le projet dont j’étais la plus fière. J’ai trouvé formidable qu’une grande entreprise m’accorde cette confiance et me permette de construire un univers complet. J’avais un cahier des charges, mais aussi une vraie liberté créative.

Ce projet réunissait tout ce que j’aime : la recherche, l’illustration, l’ambiance de Noël, le souci du détail et la création d’un univers immersif. Il m’a également permis d’apprendre de nouvelles techniques et de mener un travail de grande ampleur jusqu’à sa réalisation concrète.

Parmi 500 artistes présélectionnés

Pourquoi as-tu décidé de participer aux World Illustration Awards ?

J’avais envie de franchir une nouvelle étape et de me considérer pleinement comme une professionnelle. Je souhaitais aussi me lancer un défi et savoir comment mon travail pouvait être évalué à l’échelle internationale.

Beaucoup de personnes ont tendance à se sous-estimer. J’étais suffisamment fière de ce projet pour tenter ma chance, en me disant que je n’avais rien à perdre. Après tous les mois consacrés à sa réalisation et toute l’attention portée aux détails, cette candidature représentait déjà une démarche importante pour moi.

Comment as-tu accueilli l’annonce de ta présélection ?

C’était incroyable ! Environ 4 500 projets ont été présentés et 500 artistes ont intégré la « longlist », c’est-à-dire la première sélection. Mon travail est désormais visible sur le site officiel du concours.

Pour moi, c’est déjà une véritable reconnaissance. Je suis partie de Verdun, sans réseau particulier dans ce milieu, et mon travail bénéficie aujourd’hui d’une visibilité internationale. Cela montre qu’en travaillant et en persévérant, il est possible de passer d’un parcours très local à quelque chose de beaucoup plus grand.

Quelles seront les prochaines étapes ?

La sélection doit être ramenée à environ 200 artistes pour constituer la « shortlist ». Les lauréats seront ensuite désignés dans les différentes catégories du concours.

Mon projet concourt dans la catégorie consacrée aux créations réalisées pour un lieu spécifique, qui correspond à la scénographie.

Cette présélection a-t-elle déjà eu des conséquences sur ton activité ?

Oui. Le fait de pouvoir présenter cette reconnaissance sur mes réseaux sociaux donne davantage de poids et de légitimité à mon travail. Lorsque l’on est jeune, certaines personnes peuvent avoir tendance à se focaliser sur notre âge ou notre manque d’ancienneté. Cette présélection permet de replacer l’attention sur mes compétences.

Elle a déjà suscité quelques marques d’intérêt et peut rassurer de futurs clients sur ma capacité à mener des projets professionnels.

Une créatrice au style coloré et immersif

Comment définirais-tu ton univers artistique ?

Je dirais qu’il est assez éclectique. Ma force n’est pas forcément d’imposer un style unique, mais de savoir m’imprégner de l’univers de chaque client. Mon travail doit avant tout faire ressortir son identité, et non la mienne.

J’y apporte néanmoins ma petite patte. J’aime beaucoup la couleur, les détails et les univers immersifs, souvent inspirés par la nature.

Où puises-tu ton inspiration ?

À Paris, l’inspiration est partout. Je fréquente beaucoup les musées, mais j’observe également les affiches dans le métro, les publicités, les typographies d’un commerce ou encore la carte d’un restaurant. Chaque élément graphique a été imaginé par quelqu’un. Mon cerveau est constamment en éveil : j’observe tout et je prends énormément de photos.

Je participe également à des événements organisés par Adobe, qui sont très enrichissants. La Meuse m’inspire d’une autre manière, à travers la nature, les couleurs, les saisons et les lumières. Le calme que j’y ai connu m’a permis de prendre le temps de dessiner, de chercher mon univers et de développer ma créativité.

Quels outils utilises-tu ?

Je maîtrise les principaux logiciels Adobe, notamment Illustrator, Photoshop et InDesign. Je travaille aussi avec Premiere Pro pour le montage vidéo et avec Adobe XD pour la conception d’interfaces.

Pour l’illustration, mon outil principal est aujourd’hui Procreate sur iPad. Il offre une approche très intuitive du dessin. Je peux ensuite transférer mes créations vers Illustrator ou Photoshop afin de les vectoriser, de les peaufiner et de les préparer pour l’impression. J’utilise également Blender lorsque mes projets nécessitent une modélisation en trois dimensions.

Quels autres projets ont marqué tes débuts ?

J’ai notamment travaillé avec Oniri Productions pour créer l’affiche d’un court-métrage. Ces expériences me permettent progressivement d’explorer différents domaines, du cinéma au design événementiel.

« Verdun reste une source d’inspiration »

Restes-tu attachée à Verdun et à la Meuse ?

Complètement. Je reviens régulièrement à Verdun et cela représente toujours une vraie pause pour moi. La nature meusienne, ses couleurs, ses saisons et ses lumières continuent de nourrir mon inspiration.

Avec l’expérience acquise dans mon métier, je regarde aussi la ville différemment. J’observe davantage les affiches, les identités visuelles et la manière dont les événements et les spectacles participent à son dynamisme.

Aimerais-tu travailler pour des entreprises ou des projets meusiens ?

Oui, tout à fait. Si des propositions se présentent, je serais très heureuse de pouvoir travailler pour mon département et d’y mettre à profit l’expérience acquise depuis mon départ.

Transformer une passion en métier

Quels sont maintenant tes projets et tes ambitions ?

Je souhaite continuer à développer mon activité et profiter de cette reconnaissance pour rencontrer de nouveaux clients. J’aimerais évidemment parvenir à vivre entièrement de mon métier.

Je veux aussi continuer à apprendre et à élargir mes horizons. Le design événementiel m’intéresse particulièrement, tout comme les secteurs de la culture, du cinéma et de la musique. J’aimerais peut-être aussi explorer davantage l’animation. Mon objectif n’est pas de me limiter à l’illustration, mais de poursuivre mon évolution dans l’ensemble du design graphique.

Je développe parallèlement un projet plus personnel autour de foulards illustrés. L’idée serait d’associer mon goût pour le dessin, la mode et la nature à travers des créations destinées à un univers « outdoor », lié aux activités de plein air et à la randonnée.

Quel conseil donnerais-tu à un jeune Meusien ou à une jeune Meusienne attiré par un métier créatif ?

Je lui conseillerais de ne jamais arrêter de créer. Il n’est pas nécessaire de savoir immédiatement où cela nous conduira. J’ai moi-même commencé simplement en dessinant sur mes cahiers au collège, sans imaginer la suite.

Avec de la curiosité, du travail et de la persévérance, une passion peut devenir un métier. Il ne faut pas se dire que l’endroit d’où l’on vient limitera nos ambitions. Nos origines ne sont pas un frein : les premières barrières sont souvent celles que nous nous imposons nous-mêmes. Il faut essayer de voir plus loin et croire en ses capacités.

Lien pour accéder au projet de Soana sur le site internet des World Illustration Awards.

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À propos de l'auteur

Directeur de publication Rédacteur, photographe et graphiste

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